En juin 2025, 151 zones prioritaires identifiées comme des déserts médicaux ont été classées par le ministère de la santé. Ce dernier indiquait à travers un communiqué de presse “À partir de septembre 2025, ces zones rouges disposeront progressivement de cabinets dits « solidaires », qui fonctionneront sur un système de rotation entre médecins.” Symbole d’une volonté affichée de réduire ces inégalités, ces actions seront réalisées sur la base du volontariat afin de garantir “ une offre de soins de proximité” dixit le communiqué de presse.
De nos jours, l'accès aux soins représente un enjeu sociétal majeur, notamment dans les zones rurales qui occupent une place centrale dans le pacte de lutte contre les déserts médicaux mentionné auparavant. Néanmoins, on remarque qu’une majorité des personnes vivant dans un désert médical sont des urbains.
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Il est réducteur d’assimiler les déserts médicaux uniquement à des zones rurales ou enclavées car la difficulté d’accès aux soins s’étend sur une grande partie du territoire. En ce sens, il ressort que des zones urbaines représentent une grande partie des déserts médicaux dans l’Hexagone.
Un désert médical est défini comme “une offre médicale insuffisante au regard des besoins de la population”. Plus concrètement, on s’appuie sur l’indicateur d'accessibilité localisée (APL) pour le mesurer. Il indique le nombre de consultations par an et par habitant, en calculant la distance avec un professionnel de santé et sa disponibilité. S'il est inférieur à 2,5, il désigne un désert médical.
A première vue, qualifier la région parisienne de désert médical est impensable, pourtant la réalité est toute autre. L’Île-de-France se mue en désert médical, pourtant dans les zones identifiées par le ministère de la santé, elle n’est pas présente alors que plusieurs études comme celle de l’Union régionale des professionnels de santé alerte sur le fait que 97% de l’île de France représenterait un désert médical.
Avec un APL de 2,4, l’Île-de-France se classe parmi les déserts médicaux. Elle est à ce titre particulièrement exposée avec plus de 12 Millions d’habitants sur son sol. Parmi cette riche densité de population, plus d’un million et demi de Franciliens n’ont pas de médecin traitant selon la docteure ****Natacha Regensberg de Andreis. Ces chiffres préoccupants s’accentuent avec une offre insuffisante aux soins caractérisée par le vieillissement de certains médecins généralistes et le départ à la retraite de ces derniers. Ainsi, cela réduit les chances d’être pris en charge rapidement. Également, loin de l’idée reçue que les déserts médicaux sont avant tout ruraux, en Île-de-France, 94% des habitants vivant en déserts médicaux sont urbains.
Cette décroissance en une décennie représente cette vague qui a du mal à être endiguée dans certains secteurs de la petite couronne. C’est notamment le cas de la Seine saint Denis (93) qui est considérée à 92% comme un désert médical selon l’agence régionale de santé. Ces données sont également à mettre en lien avec d’autres départements tels que le Val d’oise ou l'Essonne. Ces rayons ont un dénominateur commun, à savoir une forte densité et une concentration de population qui amène un déséquilibre médical notable avec une forte saturation des cabinets.
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Prenons l’exemple d’Argenteuil, sous préfecture du Val d’Oise (95) avec plus de 106 000 habitants, ce qui en fait la cinquième ville la plus peuplée d’Ile-de-France. Et pourtant la ville possède un APL de seulement 1,7, ce qui représente un secteur particulièrement touché et exposé par les déserts médicaux.
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Là où la capitale résiste avec un APL supérieur à 5,45, ses départements urbains voisins sont considérablement touchés. En ce sens, comme mentionné auparavant, les déserts médicaux ne touchent pas seulement des zones périphériques éloignées des soins, mais bien plus généralement des quartiers densément peuplés. Les conséquences sont principalement observées sur les rendez-vous médicaux où les patients doivent multiplier les démarches avant d’être pris en charge de manière concrète. Cependant, ces éléments ne font qu'accroître les pressions sur un système de soins déjà particulièrement saturé.
Plusieurs raisons sont identifiables, comme celle du facteur économique qui joue un rôle primordial dans ces disparités. Les populations les plus touchées sont souvent celles qui ont le moins de ressources économiques. Mais pour aller encore plus loin, il serait judicieux d'outrepasser l’APL qui ne prend pas en compte les fractures sociales dans l'accès au soin, ce qui influe considérablement sur les résultats.
L’APL est l’indicateur habituellement utilisé pour définir les territoires situés en déserts médicaux. Néanmoins, il ne prend pas en compte les disparités sociales qui peuvent entraver l’accès au soin, notamment en termes d’honoraire médicales ou encore la prise en compte des temps de trajet.
Ces fractures sociales concernent principalement les zones urbaines. On observe que ces zones souvent bien desservies par les transports publics, sont souvent en difficulté face aux prix des consultations. En effet, en zone urbaine la majorité des médecins généralistes pratiquent des tarifs de secteur 2 ou 3 en Île-de-France, c’est-à-dire supérieur au tarif appliqué par la sécurité sociale désigné par le secteur 1 sans dépassement d’honoraire.